Une idée pour les journées du patrimoine. Les vestiges d'un port antique, un article paru dans Paris-Normandie
Aujourd'hui paisible commune au bord de la Seine, Aizier était-elle un carrefour stratégique et un port tout aussi important ? C'est possible oui, à la lumière de fouilles archéologiques menées cet été sur un site privé à quelques dizaines de mètres de l'actuel lit du fleuve, en contrebas de l'église Saint-Pierre.
Depuis 1840, des plans réalisés par un ingénieur dans le but de mieux canaliser la Seine mentionnent l'existence à Aizier de ce qui s'apparente à un quai monumental « vraisemblablement de 380 à 400 m de long qui ceinturait le bourg », souligne Jimmy Mouchard, docteur en archéologie à l'université de Nantes et qui s'intéresse depuis plusieurs années maintenant au site.
Une partie de ce quai est parfaitement visible, hier encore caché par une imposante végétation. « J'ai toujours connu ce quai », raconte le propriétaire des lieux, Yves Laurent, qui s'est pris d'une passion pour reconstituer son histoire.
En effet, les premières hypothèses émises sur ce quai après des sondages effectués par le groupe archéologique du Val de Seine laissent croire à un aménagement de l'époque gallo-romaine. « Mais à l'époque de ces premiers sondages, les archéologues sont vite débordés par l'eau, omniprésente dans le sol, qui empêche de poursuivre le travail en profondeur », affirme Jimmy Mouchard.
Site remarquable et rare
En 2003, Jimmy Mouchard qui est encore étudiant en histoire à Rouen prépare son doctorat sur le thème des sites portuaires médiévaux et gallo-romains de Honfleur à Caudebec-En-Caux. Dans ce cadre, il ne tarde pas à s'intéresser au site d'Aizier. Un plan du quai tel qu'il a été recensé par le groupe archéologique du Val de Seine est entrepris, suivi l'année d'après d'une prospection électrique du sous-sol avant des sondages autour du quai en 2005. Les premiers résultats tendent à infirmer l'hypothèse de départ : le quai ne présente aucune des caractéristiques de l'époque gallo-romaine et semble bien postérieur.
Cette année, les archéologues sont repartis des bases de 1987 et n'ont pas tardé à faire de nouvelles découvertes. Et cette fois bel et bien de l'époque antique qui laisse à penser qu'Aizier, au débouché de la voie romaine venant de Lisieux, était peut-être riche d'une activité portuaire importante. « Les fouilles entreprises cet été ont en effet permis de découvrir des déchets alimentaires mais aussi des fragments de vaisselle en terre cuite provenant notamment du centre de la Gaule et d'Angleterre mais aussi des débris d'amphores espagnoles qui datent de l'époque gallo-romaine », indique encore Jimmy Mouchard. Ces indices probants, ajoutés aux vestiges des aménagements découverts sous une épaisse couche de terre par les archéologues, font d'Aizier un site remarquable et rare qui devrait continuer à être étudié pendant plusieurs années. « Il reste encore tellement à découvrir pour comprendre l'histoire du site », confie Yves Laurent, partant pour un travail de longue haleine au fond de son jardin.
En attendant, le public pourra découvrir le site, ses certitudes et ses encore nombreuses interrogations lors des journées du patrimoine, demain samedi et dimanche 20 septembre, avec des visites du site programmées le matin à 10 h et 11 h et l'après-midi à 15 h, 16 h et 17 h.
A. S.